Gunnar Sonsteby, né en 1918 à Rjukan en Norvège, est devenu au fil de l’occupation allemande le résistant le plus recherché du pays. Sa trajectoire, celle d’un jeune comptable transformé en chef de réseau clandestin, se mesure à travers les opérations qu’il a menées, les structures qu’il a intégrées et la réponse répressive que les nazis lui ont opposée.
Milorg et Oslo Gang : les structures derrière Gunnar Sonsteby
La résistance norvégienne ne s’est pas construite autour d’actes isolés. Elle s’est appuyée sur des organisations structurées, dont Milorg (abréviation de Militær Organisasjon), le bras armé clandestin coordonné avec le gouvernement norvégien en exil à Londres.
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Sonsteby a opéré au sein de ce réseau avant de diriger le groupe connu sous le nom d’Oslo Gang, une cellule spécialisée dans le sabotage en milieu urbain. Ce groupe ne ressemblait pas aux maquis ruraux que l’on associe souvent à la résistance européenne. Il agissait au coeur même de la capitale occupée, sous le nez de la Gestapo et de l’administration du Reichskommissariat.
| Structure | Fonction principale | Zone d’action |
|---|---|---|
| Milorg | Organisation militaire clandestine, coordination avec Londres | Ensemble du territoire norvégien |
| Oslo Gang (dirigé par Sonsteby) | Sabotage ciblé, destruction de cibles stratégiques | Oslo et ses environs |
| XU | Renseignement clandestin | Réseau national, transmission vers les Alliés |
Cette division des tâches entre renseignement (XU), organisation militaire (Milorg) et action directe (Oslo Gang) a rendu la résistance norvégienne difficile à démanteler. La compartimentation des réseaux protégeait chaque cellule en cas d’arrestation.
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Sabotage des transports et de la Kriegsmarine en Norvège
Ce qui a fait de Sonsteby une cible prioritaire pour les occupants, ce n’est pas un geste spectaculaire unique. C’est la répétition d’opérations de sabotage qui frappaient directement la logistique allemande.
Les actions de l’Oslo Gang visaient les navires, les lignes de ravitaillement et les approvisionnements destinés à la Kriegsmarine. Détruire des navires et des fournitures de la marine allemande revenait à perturber l’effort de guerre dans une zone stratégique pour le Reich, la Norvège servant de base pour les opérations navales dans l’Atlantique Nord et l’Arctique.
Pourquoi la Norvège occupée était un verrou stratégique
L’Allemagne nazie avait envahi la Norvège le 9 avril 1940 lors de l’opération Weserübung. Le pays offrait des ports en eaux profondes, un accès direct aux routes maritimes vers la Russie et des ressources naturelles. L’occupation a duré jusqu’en mai 1945, soit cinq années complètes.
Dans ce contexte, chaque acte de sabotage contre les infrastructures portuaires ou les convois avait un impact opérationnel mesurable. Les autorités allemandes ne pouvaient pas traiter ces attaques comme de simples nuisances.
- Destruction de navires utilisés par la Kriegsmarine pour le transport de matériel vers le front arctique
- Sabotage de dépôts de fournitures militaires dans la région d’Oslo
- Perturbation des lignes de communication entre l’administration allemande et les garnisons côtières
L’accumulation de ces opérations a fait de Sonsteby une menace opérationnelle, et non simplement un symbole de défi politique.
Identités multiples et traque par la Gestapo à Oslo
Sonsteby a utilisé plusieurs dizaines d’identités au cours de la guerre. Ce recours systématique aux faux papiers n’était pas un simple artifice romanesque. Il répondait à une contrainte concrète : la Gestapo à Oslo disposait de moyens de surveillance et d’infiltration qui rendaient la clandestinité extrêmement précaire.
Le régime de Vidkun Quisling, chef du parti fasciste Nasjonal Samling et collaborateur des Allemands, avait mis en place un appareil policier qui complétait celui de l’occupant. La police norvégienne collaboratrice et la Gestapo opéraient en parallèle, ce qui doublait les risques pour les résistants actifs dans la capitale.
Ce qui distingue Sonsteby des autres résistants recherchés
Plusieurs chefs de réseau ont été arrêtés ou tués pendant l’occupation. Sonsteby, lui, n’a jamais été capturé. Cette longévité opérationnelle sur cinq ans d’occupation constitue un fait rare dans l’histoire de la résistance européenne.
Sa capacité à changer d’apparence, de domicile et de nom tout en continuant à planifier et exécuter des opérations de sabotage explique pourquoi les Allemands l’ont classé parmi leurs cibles prioritaires. Cinq années d’activité clandestine sans arrestation dans une capitale occupée représentent un cas exceptionnel.

Décorations et mémoire de guerre en Norvège
Gunnar Sonsteby est le citoyen norvégien le plus décoré de la Seconde Guerre mondiale. Il a reçu la Croix de guerre norvégienne avec trois épées, une distinction militaire attribuée à très peu de combattants.
Après la guerre, il a poursuivi une carrière dans le secteur privé tout en restant une figure publique de la mémoire de la résistance. Son autobiographie, publiée sous le titre « Report from No. 24 », est devenue un ouvrage de référence sur la résistance norvégienne.
- Croix de guerre norvégienne avec trois épées (plus haute distinction militaire pour faits de résistance)
- Décorations alliées, notamment britanniques et américaines
- Statue érigée à Oslo en son honneur, près du palais royal
- Décès le 10 mai 2012 à Oslo, à l’âge de 94 ans
Sonsteby reste le résistant norvégien le plus reconnu internationalement. Sa trajectoire illustre comment un engagement prolongé dans le sabotage, le renseignement et la guerre clandestine pouvait transformer un individu en cible prioritaire d’un appareil répressif disposant de moyens considérables.
Le parcours de Gunnar Sonsteby montre que la désignation d’ennemi prioritaire par les nazis ne résultait pas d’un acte unique, mais d’une accumulation d’opérations menées sur la durée, au coeur même du dispositif d’occupation. C’est cette persistance, combinée à une capacité d’évasion hors norme, qui a fait de lui la cible numéro un en Norvège occupée.
